Derrière l'objectif : la réalisation de la vidéo sur Suzy Lake

Derrière l’objectif :
la réalisation de la vidéo sur Suzy Lake

07 mars 2016

Imaginez avoir l’occasion de créer un court métrage sur une figure marquante des arts visuels ou médiatiques avec l’appui d’un centre de production local et une entière liberté créative pour réaliser votre œuvre.

Voilà le mandat confié récemment à un groupe de cinéastes indépendants. Le résultat : des portraits vidéo fascinants, souvent inspirants, et toujours créatifs des huit gagnants de 2016 des Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques. L’année 2016 marque le 4e anniversaire de ce projet vidéo – un partenariat entre le Conseil des arts et l’Alliance des arts médiatiques indépendants.

Le réalisateur torontois Cliff Caines a accepté de répondre à quelques questions au sujet de la réalisation de la vidéo sur l’artiste en arts visuels Suzy Lake.

Derrière l'objectif : la réalisation de la vidéo sur Suzy Lake

Quels ont été les défis associés au rassemblement de cette impressionnante « distribution » et au tournage d’une scène complexe?

Je suis tellement reconnaissant des efforts inlassables déployés par notre directrice de production Emma Wardle, qui a veillé à tous les détails logistiques nécessaires à la réalisation de ce projet. Ce qui compliquait le tournage, c’est le fait que nous devions élever la caméra à au moins 18 pieds du sol pour obtenir le cadrage de la tête aux pieds. Sous la direction du directeur photo Ryan A. Randall et du premier machiniste James Gordon, nous avons utilisé une flèche de grue de 24 pieds, montée sur un chariot posé sur des rails de 70 pieds. Cela nous a permis d’obtenir le cadrage du film et le mouvement de caméra de gauche à droite parcourant la scène des interprètes. Un élément clé de la bande sonore finale est le son ambiant du tournage du film lui-même, enregistré par Alex Williams.

La reconstitution aussi fidèle que possible de la garde-robe, des coiffures et du maquillage utilisés dans les œuvres antérieures de Suzy présentait un défi tout aussi grand. Suzy nous a fourni quelques vêtements et accessoires qu’elle a utilisés dans ses œuvres les plus récentes, mais notre équipe a dû trouver la majeure partie de la garde-robe, et, dans certains cas, créer des vêtements de toutes pièces. Le jour du tournage, notre équipe a habillé, coiffé et maquillé au total 27 interprètes en seulement 3 heures. Je remercie tout spécialement Andrea Vander-Kooij qui a pris en charge le volet garde-robe, en plus d’être interprète dans le film. On la voit portant un chapeau fait à la main.

En ce qui concerne la distribution, c’est tout un défi de demander à quelqu’un de donner 10 heures de sa journée, surtout si le projet consiste à rester allongé sur un sol de béton pendant 4 heures, avec maquillage et costume. Bien que la plupart des interprètes connaissaient Suzy ou avaient travaillé avec elle par le passé, je suis tout de même impressionné par le fait que presque toutes les personnes que j’ai approchées (des artistes de talent ayant leur propre carrière) ont accepté de participer. Après avoir travaillé avec Suzy, même si ce fut pendant une très courte période, j’ai pu comprendre très rapidement la devise adoptée par les interprètes pendant tout le tournage: « Je ferais n’importe quoi pour Suzy »!

Votre film ressemble à la documentation d’une performance du type même de celles qui ont fait la renommée de Suzy Lake. Comment en êtes-vous venus, tous les deux, à opter pour cette approche?

J’apprécie toute l’œuvre de Suzy, mais c’est sa série Reduced Performing (v. 2008) qui m’a le plus interpellé et qui a inspiré mon approche. Pour cette série, Suzy a utilisé un scanneur à plat grande échelle pour faire des images grandeur nature, de la tête aux pieds, d’elle-même. Ce qui m’a frappé à propos de cette série, c’est l’étude, subtile mais profonde, de la nature de la performance par rapport à la nature documentaire de la photographie. La série a donc fini par inspirer l’idée de portrait vidéo que j’ai proposée à Suzy.

Mon approche, en faisant référence à Reduced Performing, consistait à remettre en scène le plus grand nombre possible d’œuvres antérieures de Suzy dans une seule scène photographiée dans une seule prise continue, ininterrompue. Pour remettre en scène et exécuter les œuvres que Suzy a interprétées tout au long de sa carrière, il était important pour moi de faire appel à des artistes locaux de la performance – et plus particulièrement des artistes qui s’identifiaient à Suzy ou qui ont été influencés par elle. J’ai calculé qu’en les plaçant côte à côte, je pourrais intégrer environ 30 interprètes, dans une scène de 60 pieds, en faisant une seule prise de vue en mouvement de 3 minutes.

Je ne savais pas trop comment expliquer l’idée à Suzy lors de notre première rencontre, alors je me suis servi d’un scénario en images animées. Au bout d’une minute, Suzy avait déjà compris l’idée et a dit : « j’adore ça, c’est quelque chose que je ferais! » 

Derrière l'objectif : la réalisation de la vidéo sur Suzy Lake

Quels projets emballants vous occupent en ce moment?

Je travaille sur deux nouveaux projets de films en ce moment. Trace and Hame est le deuxième volet d’une série de documentaires en cours de production qui porte sur les sous-cultures liées aux industries reposant sur les ressources que l’on retrouve dans les collectivités canadiennes rurales. Inspiré par Les raquetteurs, film marquant de Michel Brault et Gilles Groulx tourné en 1958, ce projet se penche sur la culture agraire de nos jours, ainsi que l’histoire et la pratique du cheval de trait dans les régions rurales du Sud de l’Ontario. J’en suis aussi à l’étape très préliminaire du développement d’un projet documentaire ambitieux portant sur le lourd passé, le présent et l’avenir de l’architecture nordique et arctique au Canada.