Maison du Canada

Vers un nouveau plan stratégique

21 janvier 2020

Vers un nouveau plan stratégique

21 janvier 2020

Assemblée publique annuelle, discours de Simon Brault
21 janvier 2020

Cela dit, merci encore à toutes et à tous ici présents et en ligne de participer à notre Assemblée publique annuelle. Michelle vous a donné un portrait d’ensemble de nos récentes avancées. Je voudrais pour ma part présenter le travail entrepris pour développer notre prochain plan stratégique qui débutera en 2021.

En 2021, notre budget atteindra de 360 millions de dollars, soit le double de ce qu’il était en 2015.

Aujourd’hui, les indications que nous avons me permettent d’affirmer que, en 2021, nous aurons réalisé tous les engagements de notre plan stratégique et les investissements qui y sont liés. Est-ce que cela signifie que nous nous installerons dès lors dans un nouveau statu quo? La réponse est non. La réponse est et sera toujours non, car un organisme comme le Conseil doit constamment se préoccuper de la pertinence et de l’impact de ses actions, et, aussi, s’adapter à l’environnement changeant dans lequel il évolue. Planifier ce n’est cependant pas tenter de tout prévoir, surtout quand on parle de la création artistique.

L’art exprime, illustre, critique, interroge, transpose et parfois transcende les réalités, les enjeux et les espoirs de notre société en offrant des perspectives inattendues. L’art est une condition essentielle pour que la démocratie reste en mouvement et se réinvente. L’art est une source de réenchantement d’un monde où la crainte, la menace et les désillusions occupent malheureusement de plus en plus de place.

Aussi, ce que nous prévoyons pour notre prochain plan, c’est réaffirmer – dans le contexte actuel et celui que nous envisageons pour les cinq prochaines années – la pertinence du financement public des arts au sein de notre société. Nous comptons donc, mesures et arguments à l’appui, consolider nos dernières réalisations et miser sur d’autres engagements porteurs pour l’avenir. Nous lancerons sous peu un exercice d’engagement avec le plus grand nombre de parties prenantes : au sein du Conseil et à l’extérieur du Conseil, en ligne et en personne.

Une fois de plus, nous voulons un plan rassembleur, inspirant et innovant. Un plan qui permet aux arts de contribuer encore davantage à un développement humain, juste et soutenable. Un plan qui permet à toute la société d’avoir accès aux arts et à leurs pouvoirs d’inspiration et d’émancipation. Un plan qui nous permet de travailler en collaboration avec différents partenaires de tous les secteurs pour maximiser la présence et la portée des arts dans nos vies, dans nos collectivités et au cœur de notre rayonnement international.

Continuité des engagements

Évidemment le processus de planification que nous lançons ne ramènera pas nos compteurs à zéro. Les avancées des quatre dernières années sont réelles, et nous avons la responsabilité d’honorer nos engagements les plus transformateurs dans la durée pour qu’ils puissent produire des résultats optimaux.

Ainsi :

  • Nous continuerons d’appuyer la quête de vérité et de réconciliation avec les communautés autochtones grâce à la création artistique;
    • conséquemment, le travail de réflexion et l’action sur la décolonisation de nos approches et de nos systèmes devront s’accélérer.
  • Nous poursuivrons sur la voie de l’inclusion en nous ouvrant toujours davantage aux nouvelles pratiques et en invitant des communautés trop longtemps tenues à distance du Conseil;
    • ainsi, nous poursuivrons nos actions en ce qui a trait à l’inclusion et à l’équité et nous verrons à consolider et à accroître notre compréhension de cet engagement, notamment envers les personnes sourdes et handicapées, les communautés culturelles diverses et les communautés de langue officielle en situation minoritaire. Nous nous pencherons aussi tant sur les questions de genre et d’identité sexuelle que sur les questions liées aux différentes étapes et réalités d’une carrière artistique.
  • Les enjeux de la création et du partage de l’art qui sont remis en question et redéfinis par le numérique vont continuer de nous occuper au cours des années qui viennent;
    • le fonds stratégique que nous avons créé il y a quatre ans, comme Michelle l’a mentionné, a joint de nombreux artistes et organismes partout au Canada et répondu à divers besoins. Il a suscité des centaines de partenariats innovants et jeté les fondements de nouvelles approches qui devront être encore testées, consolidées et amplifiées. Ce fonds doit s’ouvrir encore davantage à l’expérimentation avec les outils et modèles de travail numériques pour la création artistique et pour la diffusion, la distribution et l’engagement avec de très larges publics. Déjà, la directrice générale de la Division des programmes de subventions aux arts, Carolyn Warren, planifie des conversations approfondies avec la communauté sur l’avenir de nos investissements dans la transition numérique ainsi que sur le développement de nouveaux modèles de coopération et de co-investissement avec le secteur privé et avec des organismes phares de l’industrie culturelle.
  • Nous soutiendrons encore davantage le rayonnement de la présence artistique et littéraire du Canada à l’international et participerons à la redéfinition de la diplomatie culturelle canadienne;
    • la prochaine année sera marquée, comme Michelle l’a mentionnée, par la présence de nombreux artistes en Allemagne et à Abidjan. Une autre initiative m’emballe particulièrement depuis mon voyage dans le Nord : nous amorcerons bientôt la préparation du Sommet des arts de l’Arctique. Bien entendu, en ce qui a trait à l’international, nous aurons de nombreuses occasions de tester d’autres modèles d’intervention par l’entremise de nos programmes réguliers, grâce à des investissements spéciaux du gouvernement canadien pour certaines initiatives et par une approche concertée de diplomatie culturelle internationale.

 

En fait, nous ne terminons pas simplement un plan stratégique pour en commencer un autre. Nous nous inscrivons dans la durée tout en intégrant les défis et occasions que génère la conjoncture à laquelle nous convient les artistes.

Le Nord

Nous l’avons dit à maintes reprises, lorsque nous élaborons des politiques, des programmes et des initiatives au Conseil, nous essayons de tenir compte des différentes réalités dans tout le pays. Bien sûr, ce n’est que lorsque nous quittons nos bureaux et que nous nous engageons auprès du public et de nos partenaires que nous avons une véritable idée des défis et des possibilités sur le terrain. Mon voyage dans les territoires du Nord en août 2019 m’a permis d’envisager d’autres façons de poursuivre les dialogues en matière planification stratégique. Lors de ce voyage, j’ai rencontré des artistes, des travailleuses et travailleurs culturels, des citoyennes et citoyens, des associations communautaires, ainsi que des élus et des fonctionnaires des gouvernements territoriaux de divers horizons : Premières Nations, Inuits, Métis, récents arrivants, non autochtones, membres de diverses communautés culturelles et de communautés de minorités linguistiques, jeunes et aînés.

J’ai de nouveau constaté à quel point les différences culturelles, économiques, linguistiques, géographiques et politiques sont grandes entre le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut et même entre diverses localités sur un même territoire. Le Nord n’est pas un tout homogène. Les réalités, les enjeux et les besoins diffèrent grandement et pour y répondre les partenariats locaux s’imposeront comme une avenue incontournable. Nous ne devons pas confiner notre compréhension à des limites géographiques, mais nous ouvrir à la complexité et en tenir compte. Je donne ici l’exemple du Nord, mais le Canada a, bien entendu, de nombreuses autres et diverses communautés d’artistes. Tout comme mes collègues qui voyagent partout au pays, j’ai eu la chance de discuter avec nombre d’artistes et de travailleuses et travailleurs culturels à Toronto ou à Vancouver au cours de la dernière année. Et je le ferai sous peu dans différentes régions du Canada atlantique. Les connaissances du Conseil, alliées à celles de nos partenaires sur le terrain et à l’important exercice d’engagement à l’échelle nationale que nous amorçons pour notre prochain plan, nous aideront à valider une proposition stratégique inclusive et porteuse pour l’avenir.

Bref, nous voulons réfléchir à la façon d’adapter notre travail en vue d’une plus grande efficacité. Nous ne pouvons pas faire ce travail seuls en vase clos, nous sommes prêts à écouter et à préparer un plan stratégique qui tient compte des réalités et présente sur ce vaste territoire qu’est le Canada.

Lancement de l’exercice d’engagement du plan stratégique

Nous lançons aujourd’hui le processus de développement de notre prochain plan stratégique et je vous invite à nous suivre sur les réseaux sociaux et à visiter notre site sur lequel nous afficherons des renseignements au cours de prochaines semaines.

Le Conseil s’est engagé à écouter davantage les voix qu’on entend trop peu en ce moment dans les discussions sur le financement et le partage des arts au Canada. Toute tentative de se projeter dans l’avenir en n’écoutant que celles et ceux que nous connaissons déjà serait non seulement périlleuse, mais contraire à un tel exercice démocratique. Nous devons entendre tous les groupes en quête d’équité et de reconnaissance et, tout particulièrement, les personnes autochtones et les jeunes. Depuis le mouvement des indignés (Occupy en anglais), la jeunesse fait entendre sa voix et sa vision des enjeux par le biais de mouvements sociaux forts.

Nous sommes aussi plus attentifs que jamais aux critiques constructives à l’égard du Conseil. Nous examinerons attentivement les suggestions qui permettront d’améliorer la performance et l’impact de nos initiatives, de nos programmes et de l’ensemble de nos opérations.

Nous nous engageons donc à maximiser l’impact et la pertinence des arts au sein de la société ainsi que leur place aux tables de discussion où se discute notre avenir. Notre plan devra non seulement prendre acte des enjeux qui préoccupent les citoyennes et citoyens du Canada, mais se donner des objectifs concrets pour y répondre. Les arts ont une force symbolique qui permet d’aborder les enjeux de l’heure, et nous veillerons à soutenir le rôle social qu’ils peuvent jouer au sein de nos diverses collectivités. Nous venons d’entamer le processus d’exploration des thèmes qui seront abordés dans notre prochain plan stratégique et nous souhaitons que vous nous fassiez part des enjeux pour lesquels les arts peuvent changer les choses.

Les enjeux sont parfois complexes et des approches morales, politiques, éthiques et culturelles peuvent nous permettre d’y répondre. Prenons l’exemple des changements climatiques : ils touchent à des considérations environnementales, techniques et physiques, mais, plus encore, ils vont au-delà de celles-ci. Les changements climatiques soulèvent la question des inégalités sociales et des droits fondamentaux et collectifs, et c’est, ultimement, une question de justice climatique. Force est de constater que les personnes et les communautés les moins responsables du réchauffement climatique en subissent les pires conséquences. C’est pourquoi le Conseil tiendra compte d’une perspective autochtone authentique, ainsi que d’un point de vue internationaliste et inclusif, lorsqu’il se penchera sur une réponse potentielle aux changements climatiques.

Il en va de la capacité réelle des arts et de la culture de pouvoir transformer la peur, l’isolement et l’anxiété qui se répandent face aux dérives climatiques en espoir individuel et collectif. Il en va également de la créativité et des efforts concertés des leaders du secteur culturel qui réfléchissent à la façon dont leur secteur peut évoluer.

Par exemple, de grands festivals internationaux et même locaux se dotent de plus en plus de charte et de mesures très concrètes pour réduire leur empreinte carbone en réaction aux demandes croissantes des festivaliers et des artistes qui en font une condition de leur participation.

Conclusion et lancement de la période de questions

J’ai dit d’entrée de jeu que j’étais convaincu que les questions seraient nombreuses sur notre prochain plan stratégique. Évidemment, nous n’avons pas toutes les réponses, puisque nous amorcerons sous peu la réflexion avec différentes parties prenantes, mais je peux assurément vous parler du processus que nous envisageons, des grands jalons que nous nous sommes donnés et de la vision d’ensemble qui prévaut à l’exercice.

Enfin, je remercie toutes celles et tous ceux qui participent et amplifient cette grande discussion sur les arts et notre avenir commun.

Merci.

J’aimerais maintenant inviter Carolyn Warren, directrice générale de la Division des programmes de subventions, à se joindre à moi pour la période de questions.