Fond bleu

Le Fonds pour les arts à l’ère numérique

16 mars, 2017

Par Sylvie Gilbert

Sommet sur les arts à l’ère numérique
Mars 2017, Montréal

Bonjour,

Je vous le dis d’entrée de jeu, ma présentation n’est pas une session d’information technique pour partager des dates limites ou répondre à des questions spécifiques concernant l’admissibilité de projets. Cette information viendra plus tard, probablement cet été.

Aujourd’hui, je veux vous présenter les lignes de force et l’articulation générale de cet important Fonds stratégique, important sur le plan de ses ambitions et important aussi sur le plan des ressources qu’il mettra à la disposition du secteur des arts au Canada.

Les travaux réalisés

Notre travail de réflexion a été alimenté notamment par l’Analyse documentaire de Nordicity qui a été publiée sur le site web du Conseil il y a quelques semaines, et qui révèle que le plus grand obstacle à la transformation numérique ces dernières années dans le monde a été le déficit de littératie numérique ou, si on veut, la répartition très inégale des connaissances et des compétences nécessaires pour maîtriser la pensée et les outils du numérique.

On apprend aussi dans cette étude que les stratégies numériques dans le monde ont d’abord visé le secteur des affaires et du commerce, et les industries culturelles et créatives. Très peu de stratégies numériques vraiment ambitieuses ont été consacrées aux enjeux et possibilités du secteur des arts.

La firme Nordicity a aussi procédé à un sondage auprès du secteur des arts au Canada. Plus de 900 organismes et près de 2 700 artistes y ont participé; il s’agit là d’un échantillon qui représente bien la diversité du secteur.

Ce sondage portant sur les pratiques numériques du milieu a confirmé que le numérique fait partie intégrante de l’exploration, de la création et de l’expérimentation des artistes, et qu’ils sont nombreux à faire appel aux nouvelles technologies pour créer.

Par contre, l’utilisation du numérique dans le secteur des arts au Canada se limite souvent à l’usage de base des médias sociaux et au recours à des sites Internet dans une logique classique de communication et de marketing à sens unique. Faute de soutien ciblé, l’appropriation optimale du numérique par le secteur des arts est demeurée hors de sa portée.

 Sylvie parle à Sommet sur les arts à l’ère numérique

Ce que nous avons aussi appris grâce à un autre sondage, très récent celui-là, c’est que la population canadienne, en particulier les citoyens entre 18 et 44 ans, souhaite un plus grand accès à nos créations et à notre travail grâce à une présence quantitative et qualitative plus forte du secteur en ligne et grâce à sa prise en compte pratique des changements d’attente et de comportement induits par le numérique.

La grande question qui a nourri nos travaux : comment permettre au secteur des arts de tirer parti du numérique tout en restant pertinent?

Le Fonds stratégique

Nous avons opté pour la création d’un Fonds stratégique plutôt qu’un programme de subvention. Le Fonds identifie des priorités d’intervention et possède toute la flexibilité et l’ouverture nécessaires pour anticiper, réagir à des demandes que nous ne prévoyons pas encore et s’adapter tout au long de sa durée. Il privilégie la collaboration et l’adaptabilité très rapide aux besoins et surtout aux opportunités que le secteur identifie et souhaite saisir.

Ce Sommet est en fait une illustration de cette façon de travailler. Apprendre ensemble et partager ses expertises et ses compétences. S’engager dans des discussions qui s’ancrent dans des valeurs communes et qui font émerger de nouveaux points de convergence entre nous, afin de faire face aux perturbations et aux nouvelles occasions que le numérique génère.

Le Fonds aura une durée de vie de 4 ans. Il sera en vigueur de l’automne 2017 jusqu’au mois d’avril 2021. En 2021, nous espérons avoir investi un montant de 88,5 M$ en subventions de projet et aurons ainsi donné un élan puissant et durable à la transition numérique que souhaite le secteur des arts et que réclament nos concitoyens.

À cause de sa nature interventionniste et agile, le Fonds pourra offrir un soutien adéquat à des projets dont les visées et les portées seront variées. Ce qui veut dire concrètement que le Conseil pourra soutenir des initiatives de grande envergure jusqu’à un maximum de 500 000 $, tout en finançant des projets pertinents et vitaux pour une partie du secteur ou un réseau d’organismes qui pourront être réalisés pour moins de 10 000 $.

Ce n’est pas l’échelle de l’initiative qui importera, mais bien sa pertinence, son impact et sa faisabilité. Sa capacité de tenir compte des disparités de contextes, d’échelles et de ressources disponibles.

De plus, les demandes ne seront pas évaluées selon les critères habituels de qualité artistique, mais plutôt sur la pertinence, l’impact et la faisabilité des initiatives. Tout cela évidemment dans un contexte comparatif puisque nous devrons soutenir les projets les plus porteurs, les plus structurants parmi ceux qui nous seront soumis.

Les grands principes du Fonds :

En créant ce Fonds, le Conseil vise à stimuler d’une façon spécifique et concentrée dans le temps, la transition numérique de tout le secteur des arts.

Le Conseil souhaite que les nouvelles ressources consacrées à cette transition soient utilisées dans une optique de développement durable. Cela signifie notamment que les créateurs et les organismes artistiques exercent un contrôle réel sur la conduite et les finalités des initiatives soutenues, que les usagers sont au centre des préoccupations et que les citoyens sont les bénéficiaires ultimes d’approches qui sont pensées et réalisées avec un souci de viabilité à long terme.

Le Conseil souhaite également que les initiatives qui lui seront soumises soient développées en mode ouvert et que la concertation, la collaboration et le travail en réseaux soient omniprésents dans leur conception et leur mise en œuvre.

Ainsi, les connaissances acquises de même que les résultats obtenus suite à réalisation des initiatives qu’il supportera doivent être largement partagés, au lieu de demeurer la propriété exclusive d’un individu ou d’un organisme qui aurait ainsi obtenu un avantage compétitif probablement illusoire à l’ère des géants du numérique.

La culture numérique est d’abord une affaire de transformation des relations entre les êtres humains. Et ensuite, une question de choix technologiques. C’est aussi une culture d’acceptation du risque, des erreurs et des imperfections qui sont inévitables dans tout processus itératif.

Dans cette culture numérique, on procède souvent par essais (idéalement à échelle réduite) et on accepte que les erreurs repérées par les utilisateurs suscitent des actions de rétroaction et de correction faisant partie intégrante du processus continu de design – c’est là une nouvelle approche de « cocréation ».

Aussi le Fonds pourra accompagner dans la durée le développement d’initiatives et le Conseil, plutôt que de prendre une approche d’arbitre, pourra mettre à la disposition des porteurs de projets de l’expertise et des ressources non financières si utiles et nécessaires.

Notre but est de voir à l’arrivée à bon port des initiatives, et dans ce même esprit, les projets qui ne débloquent pas pourront se terminer rapidement sans pénalité.

Dans un esprit d’agilité, il faut pouvoir reprendre et refaire, s’ajuster, avancer, échouer partiellement et se reprendre. Un peu comme lorsqu’on crée une œuvre. La seule certitude à l’horizon est la rapidité, l’ampleur, la portée, la durée et le caractère imprévisible des transformations numériques en cours et à venir.

C’est pourquoi le Conseil entend être un partenaire attentif et actif dans cette transition numérique du secteur des arts au Canada. Le Conseil va travailler avec le milieu et collaborer avec toutes instances dont la mission et les intérêts pointent vers une meilleure prise en compte du numérique dans le secteur des arts.

3 composantes

Le Fonds comporte trois composantes

  • Littératie et intelligence numérique
  • Accessibilité aux arts et engagement culturel des citoyens
  • Transformation des organismes

Il pourra soutenir le développement de nouvelles initiatives ainsi que l’optimisation d’initiatives existantes.

Littératie et intelligence numérique

L’objectif de cette composante est de soutenir les artistes, les auteurs, les organismes, les consortiums d’organismes afin qu’ils puissent mieux comprendre les défis, les enjeux et les opportunités de la société numérique, développer et enrichir une pensée numérique stratégique et accroître leur capacité de la traduire en actions porteuses.

Accessibilité aux arts et engagement culturel des citoyens

L’objectif de cette composante est d’augmenter le partage de la création artistique et littéraire et l’accès aux œuvres, de rehausser la qualité de l’expérience artistique des usagers et d’élargir la participation et l’engagement culturel des citoyens canadiens.

Transformation des organismes

L’objectif de cette composante est de soutenir la transformation des organismes artistiques et de leur mode d’opérations pour leur permettre de mieux faire face aux défis et saisir les occasions de développement et de rayonnement qu’offre le numérique.

La portée des initiatives :

  • les initiatives devront bénéficier à plusieurs artistes ou à plusieurs organismes et idéalement, à l’ensemble d’une communauté ou d’un secteur; Le Fonds ne pourra pas soutenir des initiatives qui ne profitent qu’à un seul organisme ou groupe.
  • initiatives qui s’appuient sur une large concertation, qui impliquent une étroite collaboration entre plusieurs acteurs et partenaires de différents milieux, et secteurs de la société, et qui mobilisent l’expertise appropriée; Nous incitons le milieu à travailler avec les autres, à sortir des alliances habituelles entre groupes déjà formés. Nos défis sont partagés avec bien d’autres secteurs. Il faut imaginer des partenariats avec d’autres secteurs, avec l’entreprise, avec les gens qui ont l’expertise. C’est le moment de diversifier nos alliances ou d’en créer de nouvelles.
  • initiatives qui visent des résultats spécifiques et mesurables et des retombées anticipées significatives; Le Fonds n’est pas un fonds de recherche de type artistique ou universitaire sur le numérique ou ses les enjeux. Il vise plutôt un travail d’exploration anticipant la résolution de problématiques précises et communes à plusieurs.
  • initiatives qui privilégient un engagement actif des participants; Toujours dans le même esprit de soutenir des initiatives qui permettent de tester des idées avec les gens, de mettre en place des méthodologies qui dévient de la norme.
  • initiatives qui s’inscrivent dans une perspective de développement durable;
  • initiatives qui prévoient le partage et le transfert à la communauté des connaissances acquises et des résultats obtenus. Le secteur doit profiter et apprendre des erreurs et des succès des autres.

Les types d’initiatives

Je vais partager quelques exemples d’approches déjà développées ailleurs dans le monde. Mais avant, permettez-moi de faire une mise en garde : je partage ces exemples pour incarner les 3 composantes, pour les rendre plus concrètes, non pas pour diriger votre travail, ni les discussions des prochains jours, mois et années.

J’ai hésité à partager des exemples, parce que nous observons régulièrement que pour accéder aux subventions des programmes, les organismes ou les groupes cherchent la formule gagnante, émulent, ou pire, reproduisent les succès de leurs collègues convaincus que cette tactique leur sera profitable et qu’ils décrocheront « la » subvention. Comme Simon le disait tantôt : « L’un des grands dangers de la codification des arts réside notamment dans sa conformité aux paramètres que lui imposent les bailleurs de fonds. » Nous voulons éviter ce piège avec le Fonds, comme avec tout notre nouveau modèle de financement.

Pour le moment, nous sommes ouverts à la diversité des approches, des échelles, de la nature des collaborateurs et à la formation de nouvelles constellations.

Exemples d’initiatives qui pourraient être financées pour la composante Littératie et intelligence numérique :

  • développement de visions et de stratégies numériques; de savoir‐faire; des talents numériques;
  • colloques, forums, webinaires, ateliers de design-thinking; formules d’accompagnement;
  • ateliers participatifs et rassemblements axés sur l’innovation;
  • expérimentation et maîtrise de nouveaux outils ou de nouvelles technologies numériques;
  • ateliers de codage pour améliorer la découvrabilité des œuvres, des artistes ou des organismes;
  • recherche et établissement de protocoles et de standards;
  • adoption et développement de systèmes ouverts;
  • ouverture des données;
  • métadonnées;
  • veille stratégique, études, partage en réseaux de formations, de connaissances et d’expériences numériques;

Pour la composante Accessibilité aux arts et engagement culturel des citoyens :

  • exploration de nouvelles façons d’engager les citoyens dans la création, la production, la diffusion et le partage d’œuvres ou de contenus artistiques;
  • projets innovants d’utilisation des métadonnées pour développer l’engagement des publics envers les arts;
  • initiatives de données ouvertes et de logiciels libres pour favoriser l’engagement des citoyens envers la création artistique et littéraire;

Les exemples pour la composante Transformation des organismes :

  • élaboration d’une vision ou d’une stratégie numérique pour la mise en œuvre d’initiatives numériques;
  • exploration de nouvelles approches de gouvernance et de modes de gestion (droits, ententes collectives, etc.);
  • autres projets innovants qui favorisent la transformation des organismes et des modes d’opérations.

Nous aurons l’occasion de poursuivre cette discussion dans les mois qui viennent. Je laisse maintenant la parole à mes collègues et à vous chers amis dans la salle. J’ai hâte d’entamer la discussion avec vous tous.

Merci.

Auteur :

Sylvie Gilbert

Directrice du Fonds pour les arts à l’ère numérique

Mots-clés Numérique Discours