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Prix Saidye Bronfman : Une tradition vieille de 40 ans, un souffle d’innovation

15 février, 2017
Jane Kidd, Land Sentence: Zoo, 2012, tapisserie tissée, 99 x 200 cm. Collection : Salt Spring Island Public Library. Photo: Janet Dwyer

Depuis 40 ans, le prix Saidye Bronfman récompense les meilleurs artistes des métiers d’art du Canada. Pour ces créateurs exceptionnels, les retombées du prix dépassent de loin sa valeur monétaire (25 000 $) : il leur apporte une validation nationale et les encourage à continuer à repousser les frontières de leur forme d’art.

Celle qui a donné son nom au prix, Saidye Bronfman, est née au Manitoba dans une famille aisée d’immigrants de la classe moyenne et a ensuite partagé la richesse de l’entreprise Seagram. Philanthrope généreuse, elle considérait que les gens fortunés avaient la responsabilité de contribuer à la société. La famille Bronfman a créé le prix en 1977 pour son 80e anniversaire afin de perpétuer son héritage de philanthropie.

Le premier lauréat du prix, le céramiste Robin Hopper qui réside à Victoria, a dit que cette importante reconnaissance l'avait secoué : « J’ai eu le sentiment que je n’avais pas encore atteint le point où je me devais d’être – et j’ai commencé à travailler très très dur ».

Robin Hopper, Formes de coquillages No 5, 1 et 2, 1974, céramique, de gauche à droite : No 5 : 20 cm x 12 cm (86-115), No 1 : 26 cm x 14 cm (86-113), No 2 : 20 cm x 13 cm (86-114). Collection : Musée canadien de l’histoire
Robin Hopper, Formes de coquillages No 5, 1 et 2, 1974, céramique, de gauche à droite : No 5 : 20 cm x 12 cm (86-115), No 1 : 26 cm x 14 cm (86-113), No 2 : 20 cm x 13 cm (86-114). Collection : Musée canadien de l’histoire.

Cet aspect du prix Bronfman – un peu comme le début de quelque chose, même pour un créateur établi – est partagé par nombre de lauréats. La sculpteure sur verre Ione Thorkelsson du Manitoba, qui a remporté le prix en 2010, a expliqué qu’à cette époque son travail était en train de devenir quelque chose de plus sculptural et que le fait d’être reconnue par le prix Bronfman lui avait donné confiance pour se lancer dans de nouvelles avenues qu'elle n’aurait peut-être pas entreprises avec autant d’empressement. Pour Marcel Marois (1998), un artiste licier de Montréal, le prix confirmait la maturité de son travail et récompensait sa fidélité à l'égard du médium artistique qu'il avait choisi et qu'il aimait.

Ione Thorkelsson, Three-footed Bowl, 1993, verre moulé, 11,5 x 16 cm. Photo : gracieuseté de l'artiste
Ione Thorkelsson, Three-footed Bowl, 1993, verre moulé, 11,5 x 16 cm. Photo : gracieuseté de l'artiste.

La plupart des lauréats ont consacré plusieurs décennies à élaborer un travail respecté, mais ils ne réalisent pas toujours le niveau de qualité de leurs créations. Peter Powning (2006), un céramiste du Sussex (NB), a honnêtement avoué : « en général, j’ai le sentiment de travailler à la limite de mes capacités et assez souvent, de tout gâcher. Le fait de gagner le prix Bronfman m’a aidé à mettre en perspective les crises du “syndrome de l’imposteur” ». Après avoir travaillé plus de 40 ans, le prix lui a permis d'évoluer et de sentir mieux dans sa peau.

Peter Powning, Memory Vessel, 2011. Photo : gracieuseté de l’artiste
Peter Powning, Memory Vessel, 2011. Photo : gracieuseté de l’artiste.

À une échelle plus vaste, le prix Bronfman célèbre le pouvoir du métier d’art à communiquer l’identité et le potentiel canadiens. Comme le dit Jane Kidd (2016), une artiste en textile de Salt Spring Island (BC) : « Les histoires que nous racontons au travers de nos talents et de nos expériences peuvent refléter un sentiment d’appartenance et exprimer des valeurs et des enjeux qui sont liés à notre culture et à notre identité nationale ». Saidye Bronfman aurait été d’accord avec l’idée que le résultat d’une création peut incarner la connaissance qu’une société a d’elle-même grâce à l’expertise de ses créateurs.

Ce pouvoir de la créativité concrète repose sur le passé, mais est également tourné vers l’avenir. Le prix ne se contente pas de rendre hommage à l’excellence accomplie, mais s’efforce aussi d’encourager les meilleures possibilités d’avenir. La deuxième lauréate, Lois Etherington Betteridge (1978), une artiste du métal de Guelph (ON), déclare brièvement qu’après le prix Bronfman, ses ambitions lui ont paru raisonnables : « Cela a renforcé mon objectif; celui de devenir la meilleure artisane d’art possible ». Le même esprit se retrouve dans le travail de l’artiste joaillière Pamela Ritchie (2017) de Halifax, ainsi que dans sa vision de l’avenir : « Nous avons accès à une quantité de méthodes, de technologies et d’informations nouvelles sans précédent, et je pense que les Canadiens sont conscients des responsabilités et du potentiel que cela implique. »

Pamela Ritchie, Sans titre, broche, résine, parawire, argent sterling, diamètre : 8 cm x 1,5 cm (profondeur). Collection privée, Canada. Photo de l’artiste
Pamela Ritchie, Sans titre, broche, résine, parawire, argent sterling, diamètre : 8 cm x 1,5 cm (profondeur). Collection privée, Canada. Photo de l’artiste.

En 2017, l’héritage de bienfaisance, de générosité et de croyance dans les métiers d’art canadiens perdure avec l’appui du Conseil des arts du Canada. En introduisant le prix dans la prestigieuse famille de ses Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques, le Conseil des arts du Canada a contribué à perpétuer la reconnaissance du métier d’art aux plus hauts niveaux, et à permettre aux futurs gagnants de continuer à faire progresser la culture fondamentale de la création au Canada. Comme l'a souligné Pamela Ritchie en remportant le prix du 40e anniversaire : « Cela s’accompagne d’un sentiment de responsabilité pour maintenir le dynamisme de mon travail et assurer son développement ».

Auteur :

Leopold Kowolik

Leopold Kowolik est le rédacteur du magazine Studio et il écrit régulièrement pour d’autres publications de Craft; il a contribué récemment à un chapitre d’un livre qui sera publié prochainement, Craft on Demand. Il enseigne aussi l’écriture et l’histoire des métiers d’art au Sheridan College en Ontario.

Depuis plus de trente ans, Studio a servi de plateforme pour explorer les discours complexes et variés autour du métier d’art et du design canadiens dans le contexte international. Studio est un périodique national sur les métiers d’art et le design qui est publié par Craft Ontario à Toronto, mais réalisé par des rédacteurs et des contributeurs de tout le Canada.

Mots-clés Pleins feux Gagnants des prix Histoires d'artistes