L’équité dans les arts

L’équité dans les arts : ouvrir les portes pour un avenir meilleur

21 septembre, 2016

Présentation de Simon Brault

Discours pour le gala d’ouverture du Prismatic Arts Festival
Quai 21, Halifax

21 septembre, 19 h

Bonsoir,

C’est pour moi un réel plaisir et un honneur d’être ici avec vous ce soir. Jusqu’à présent, cette journée qui marque ma première visite officielle en Nouvelle-Écosse à titre de directeur et chef de la direction du Conseil des arts du Canada a été émouvante et bien remplie.

Nous sommes sur le territoire Mi’kma’ki, territoire ancestral et non cédé du peuple micmac. Cet après-midi, je suis allé au Mi’kmaw Native Friendship Centre pour visiter l’exposition This is What I Wish You Knew. Ce projet a reçu l’appui financier du programme {Ré}conciliation du Conseil des arts, un programme créé en partenariat avec le Cercle sur la philanthropie et les peuples autochtones et la J.W. McConnell Family Foundation. Si vous n’avez pas encore vue cette exposition, je vous encourage à le faire. Elle témoigne de façon éloquente des identités culturelles et de la façon dont elles peuvent être déterminantes, complexes et multidimensionnelles.

Il y a quelques heures seulement, j’ai pu visiter cet édifice. J’ai été impressionné par l’histoire des hommes, des femmes et des enfants qui sont arrivés au quai 21 au cours du XXe siècle et par leur grand nombre. Je suis également très conscient du fait que nous sommes à quelques minutes d’Africville, une localité où se sont établis les Néo-Écossais noirs arrivés ici en tant qu’esclaves affranchis ou que réfugiés de la guerre de 1812.

Ces sites témoignent des nombreuses cultures qui forment le Canada. Mais, par-dessus tout, ils évoquent des tragédies vécues et des expériences de résilience, de discrimination et de marginalisation ainsi que des identités perdues, découvertes ou reconstituées. Ces récits sont des vérités qui dérangent pour le Canada. Ils nous rappellent que nous avons le devoir de toujours faire mieux. Et nous pouvons le faire.

Tous ceux qui me connaissent le savent, je suis convaincu que les arts peuvent nous guider vers un avenir meilleur et que le Conseil des arts du Canada, en tant qu’organisme public de soutien aux arts, a un rôle à jouer à cet égard. Voilà pourquoi le Conseil fait l’objet d’une transformation à grande échelle.

Mais avant que nous abordions notre avenir immédiat, jetons un regard sur notre passé.

Le Conseil, alors et maintenant

En 1957, le quai 21 accueillait des navires avec à leur bord près de 1,2 million de passagers venant de l’étranger. Ces hommes, femmes et enfants allaient se créer une nouvelle vie, souvent malgré de très dures épreuves et la discrimination dont ils étaient l’objet.

La même année, des enfants micmacs vivaient à la Shubenacadie Indian Residential School, loin de leur famille, dépourvus du droit de parler leur langue et victimes d’autres préjudices. Menée un peu partout au pays jusqu’aux années 1990, cette tragique expérience de nettoyage culturel a eu de graves conséquences qui se font ressentir encore aujourd’hui.

Toujours en 1957, la ville de Halifax adoptait le North Shore Development Plan, qui visait à éliminer la localité d’Africville. Malgré leurs protestations, ses résidents durent tous partir et leurs foyers furent détruits. Le quartier demeure aujourd’hui un symbole de l’oppression des Noirs.

Pendant ce temps, à Ottawa, des efforts étaient déployés pour alimenter l’expression de l’identité naissante du Canada. En cette période d’après-guerre, on estimait que le pays avait quelque chose d’unique à offrir au monde et que les arts pourraient jouer un grand rôle à cet égard. Le Conseil des arts du Canada a été créé dans le but de favoriser l’essor des arts à une époque où les infrastructures et le soutien étaient absents.

Le mandat du Conseil était et demeure très pertinent. En rétrospective, toutefois, on constate que le Conseil de 1957 était nettement un produit de son époque.

Le choix des disciplines admissibles à une subvention était orienté par une vision propre à l’Europe occidentale. La loi constituante du Conseil définissait les arts comme étant « l’architecture, les arts de la scène, la littérature, la musique, la peinture, la sculpture, les arts graphiques et toute autre activité semblable de création et d’interprétation ».

Au fil des ans, les disciplines allaient changer. Les frontières allaient s’étioler, s’étendre et même fusionner. Et notre compréhension des liens entre l’art, la société et le développement humain allait également évoluer. Dans les années 1990, le Conseil entreprit la tâche révolutionnaire de reconnaître certains groupes marginalisés. Il créa un bureau de l’équité et en établit un autre pour les arts autochtones. Ceux-ci accomplirent un travail extraordinaire malgré les modestes enveloppes budgétaires dont ils disposaient. Mais leur sphère d’influence demeurait tout de même trop limitée dans le contexte plus large du secteur des arts professionnels au Canada.

Au cours des dernières années, il est devenu évident que la structure de financement fondée sur les disciplines n’est plus optimale. La mondialisation, l’évolution démographique, les technologies numériques – voilà de puissants moteurs de changement social et artistique. Ils mettent le Conseil au défi de se montrer plus inclusif, souple et pertinent.

En même temps, les artistes comme vous, qui proviennent de communautés autochtones ou de la diversité, font toujours face à des obstacles systémiques lorsqu’il s’agit d’obtenir une subvention du Conseil. Notre bassin de candidats et l’ensemble du secteur canadien des arts ne sont toujours pas révélateurs de la riche diversité culturelle de notre population.

Nous devons faire plus. Et c’est ce que nous faisons. Je suis ici pour vous parler de ce que nous allons faire et comment nous allons faire.

Saisir une occasion historique

Je crois fermement que nous vivons un moment sans précédent dans l’histoire du Conseil et des arts au Canada. Et nous devons saisir cette occasion.

Au printemps dernier, nous avons publié notre plan stratégique 2016-2021, Façonner un nouvel avenir. Je suis fier de la vision ambitieuse qui y est exposée. Il présente les arts comme une partie essentielle de notre appartenance à une collectivité, à un pays, à une société et à l’humanité même. Il inclut des mesures et des engagements clairs qui créeront d’autres possibilités pour les artistes émergents et pour les nouveaux publics d’une manière qui permettra à tous les créateurs du pays de s’exprimer.

Puisqu’une vision ne suffit pas, il nous faut un chemin bien défini pour la réaliser. Nous devons avoir le courage de faire face à l’adversité, la sagesse nécessaire de nous associer aux forces les plus progressistes de la société, et les fonds qu’il faut pour soutenir nos efforts.

La restructuration en profondeur de nos programmes de subventions représente une étape majeure de notre transformation. Nous l’appelons notre nouveau modèle de financement. Nous avons annoncé les premières grandes lignes des programmes au printemps. Nous avons finalisé les lignes directrices au cours de l’été. Et nous serons prêts à lancer nos nouveaux programmes en 2017.

Nous avons créé ce nouveau modèle de financement en nous fondant sur les commentaires du milieu des arts que nous avons recueillis au fil des années. Ce modèle comprend 6 programmes nationaux non liés aux disciplines. Ceux-ci remplacent les quelque 140 programmes, qui s’étaient accumulés d’une façon organique, mais quelque peu ponctuelle au fil des décennies. Le nouveau modèle a été conçu pour être plus inclusif et pour nous procurer la souplesse dont nous avons besoin pour nous adapter aux tendances rapidement et en temps opportun. Et il doit davantage nous permettre de réagir aux changements sociaux de manière stratégique et rapide.

Puis, au printemps dernier, alors que nous allions annoncer le nouveau modèle de financement, la première étape de notre transformation, le gouvernement fédéral nouvellement élu a annoncé un réinvestissement sans précédent dans les arts. Il s’est engagé à doubler notre budget sur 5 ans, ce qui représente 550 millions de dollars. Nous avons promis que 88 % de cette somme irait directement aux artistes et aux organismes artistiques. Cela représente une augmentation d’une ampleur jamais vue dans l’histoire du Conseil et fait de nous une rareté parmi les conseils des arts à l’échelle mondiale.

Au niveau fédéral, l’élan en faveur du soutien public aux arts est fort. Je constate que ce n’est pas le cas dans certaines de nos provinces et villes – mais que cela demeure un levier à l’échelle locale.

Par exemple, au cours des derniers mois, des chercheurs, des économistes, des dirigeants de la société civile et des responsables de l’élaboration des politiques ont fait des déclarations fermes et très médiatisées sur le rôle des fonds publics consacrés aux arts. Ces sommes sont considérées comme un moyen de tirer avantage de la diversité du Canada, d’optimiser les retombées socioéconomiques des arts et d’augmenter le pouvoir des exportations et de la diplomatie culturelle sur l’influence que le pays exerce sur la scène mondiale.

Ce discours, la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, le porte avec conviction, tout comme bien d’autres membres du cabinet, sans parler de Justin Trudeau lui-même. En fait, à l’heure actuelle, le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, préside une séance de discussion à l’Assemblée générale des Nations unies, à New York. Celle-ci a pour sujet « La diversité est forte ». Cette séance porte sur les façons dont nous pouvons collaborer pour accroître les bienfaits économiques, sociaux, culturels et civiques de la diversité et de l’inclusion.

De toute évidence, les idées de nouveau contrat social, d’état postnational et de diplomatie culturelle se profilent à l’avant-plan, et elles sont toutes très pertinentes pour nous dans le domaine des arts.

Donc, tous ces facteurs se mettent en place. Tous les éléments sont présents. Jamais, il n’y aura un moment plus propice pour se montrer ambitieux et résolus pour les arts dans ce pays. Et je veux m’assurer que le Conseil ne rate pas l’occasion de faire sa part et d’exercer une influence durable sur l’état des arts et la destinée de notre pays, comme nous tous ici présents.

Afin d’y arriver et de nous tourner résolument vers l’avenir, nous devons créer davantage d’opportunités pour ceux qui sont traditionnellement confrontés à des obstacles lorsqu’il s’agit d’obtenir une subvention du Conseil.

Arts autochtones et réconciliation : le concept de nation

Parmi les groupes qu’il est urgent de servir mieux figurent les Premières Nations, les Inuits et les Métis, c’est-à-dire les peuples autochtones de ce pays.

Nous vivons une période cruciale de notre histoire, et la relation entre les peuples autochtones et l’État canadien en est, selon John Ralston Saul, l’enjeu déterminant.

Par exemple, le territoire sur lequel nous nous trouvons est visé par les « traités de paix et d’amitié », que les Micmacs et les Malécites ont d’abord signés avec la Couronne britannique en 1725. Ces traités ne portaient pas sur l’abandon des terres et des ressources, mais reconnaissaient d’abord le droit de ces peuples et fixaient les règles de ce qui devait être une relation continue entre nations. Et c’est cette relation continue que nous voulons mieux reconnaître et soutenir au Conseil des arts du Canada. Nous savons que les arts autochtones possèdent un immense pouvoir pour renverser le cours des choses en ce qui touche cette relation et pour assurer un avenir commun.

En tant qu’organisme de soutien aux arts, le Conseil a atteint un niveau de conscience qu’il n’avait pas il y a 60 ans et, même assez récemment, sur les gestes délibérés qui ont été posés tout au long de l’histoire de notre pays pour éradiquer les cultures et les langues des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Reconnaître l’existence d’un génocide culturel dans notre propre pays ne peut que mener à des décisions audacieuses en matière de subventions aux arts.

Nous nous sommes posé les questions suivantes : Comment pouvons-nous contribuer à remédier à la situation? Comment le financement des arts peut-il susciter une renaissance culturelle au sein des nations qui ont survécu à cette période et qui réclament leur droit à la pleine autodétermination?

Aussi, nous avons le devoir et la responsabilité d’agir. Nous avons le devoir de transformer le Conseil pour qu’il soutienne mieux les artistes autochtones selon leurs propres aspirations et de faire en sorte que les arts jouent un rôle pleinement significatif sur le chemin de la réconciliation et de la décolonisation.

L’un des meilleurs moyens dont nous disposons pour concrétiser notre engagement est le programme Créer, connaître et partager, l’un des six programmes du nouveau modèle de financement.

Le programme permettra d’adopter une approche unique orientée par le concept d’autodétermination et les aspirations d’autonomie. Ce programme sera guidé par les valeurs et la vision du monde autochtones et il sera administré par du personnel de descendance autochtone.

Ce programme est destiné à répondre spécifiquement aux communautés qu’il sert. Par exemple, contrairement à nos autres programmes il offrira des fonds pour des projets d’envergure modeste à des artistes non professionnels ou à de futurs artistes.

Les demandes seront évaluées par des artistes et des experts autochtones. Les impacts du programme seront évalués dans un contexte culturel et artistique autochtone. Et les mouvements mondiaux pour les droits des Autochtones auront une résonnance sur notre programme et nos actions.

Ce changement fondamental s’appuie sur un engagement financier considérable. Au cours des 5 prochaines années, nous avons l’intention de presque tripler les sommes accordées aux artistes et aux organismes artistiques autochtones.

Par ailleurs, je suis extrêmement fier de pouvoir honorer une promesse que j’ai faite à mon arrivée au Conseil, soit celle de créer le tout premier poste de directeur pour une personne de descendance autochtone.

Pour tout résumer en une phrase, je dirais que nous avons abordé notre soutien aux arts autochtones comme une question d’identité nationale.

Nous voyons notre approche au soutien de l’équité dans les arts comme une question d’inclusion pour assurer la viabilité des arts au Canada. De plus, elle doit être intrinsèquement liée non seulement à l’avancement de la diversité dans le secteur des arts professionnels, mais aussi à la diversité des publics que nous voulons toucher.

L’équité : une question d’inclusion

Aux yeux du Conseil, assurer l’équité et la diversité, c’est « ouvrir les portes » aux artistes et aux publics issus de groupes qui étaient marginalisés et laissés pour compte en raison de la race, de l’âge, du handicap, du statut économique, du genre ou de l’orientation sexuelle. C’est aussi réhabiliter leurs droits dans le respect intégral de leur dignité.

Lorsque je dis « ouvrir les portes », cela me rappelle ce qu’a écrit la Britanno-Colombienne Rosemary Brown, qui, comme vous le savez peut-être, est la première femme noire à avoir fait partie d’une instance parlementaire canadienne :

« Nous devons ouvrir les portes et veiller à ce qu’elles restent ouvertes, afin que d’autres puissent les franchir. »

L’énoncé de Rosemary Brown s’applique aussi aux arts. Nous reconnaissons qu’il existe des barrières historiques, systémiques et culturelles complexes dans notre société. Et par extension, il y en a aussi dans notre écologie artistique et nos institutions publiques. Pour favoriser l’équité dans les arts, nous devons ouvrir les portes afin que tous les artistes puissent créer des œuvres et les diffuser. Nous devons ouvrir les portes pour que les citoyens de tous les horizons puissent avoir pleinement accès à l’art, et s’y reconnaître.

Nous savons que le Canada, l’un des pays les plus diversifiés, possède de grands trésors culturels, des pratiques uniques et d’excellents artistes à faire connaître au monde. Le Conseil a donc un rôle à jouer, en tant qu’organisme public de soutien aux arts à l’échelle du pays, pour ce qui est de réaliser ce potentiel au profit de toutes les Canadiennes et de tous les Canadiens.

Mais, pour le Conseil, l’équité n’est pas qu’un principe. C’est aussi un processus. Nous avons constaté que pour exercer une plus grande influence en matière d’équité et de diversité, en particulier avec le doublement de notre budget, nous ne devons pas nous contenter d’une approche purement verticale, du haut vers le bas. Nous voulons adopter une approche plus horizontale, où l’équité deviendrait une réalité; et la diversité, une priorité non négociable dont nous serions tous coresponsables. Cette approche ne s’appliquerait pas seulement à une section du Conseil, mais à tous nos programmes et à toutes nos activités. Et la mise en œuvre ne se ferait non du haut vers le bas, mais plutôt dans le sens inverse.

Autrement dit, au lieu de concentrer nos interventions dans un petit ensemble de programmes géré par un bureau spécialisé, nous voulons exercer une influence dans tous les programmes par des mécanismes et des mesures stratégiques. Nous voulons que l’équité et la promotion de la diversité soient prioritaires dans tout notre organisme. Et surtout, nous voulons que tout le milieu des arts professionnels qui demande plus de subventions de l’État contribue encore davantage à l’avancement de l’équité et de la diversité. Et c’est là que nous pouvons exercer une influence plus grande et plus soutenue.

Comme je l’ai dit dès le début, notre transformation ne consiste pas à oublier qui que ce soit et encore moins les artistes et les groupes qui ont toujours été défavorisés. Nous nous transformons pour devenir plus inclusifs, pour éliminer les barrières et pour accroître notre influence.

Nos nouveaux programmes serviront bien les artistes, tout comme bon nombre de ceux qui, parmi vous, ont eu accès à nos programmes ciblés dans le passé. Mais nous espérons qu’ils vous procureront encore plus d’occasions et de possibilités de financement. Et nous espérons que ceux d’entre vous qui n’ont jamais fait de demande au Conseil et qui sont à même de remplir les conditions d’admissibilité le feront à une plus grande échelle.

Voici quelques moyens concrets pour parvenir à ces réalisations.

Nous savons que les organismes artistiques sont des partenaires clés en ce qui a trait à l’avancement des pratiques artistiques et l’ancrage au sein de communautés. C’est pourquoi nous demanderons aux organismes qui sollicitent des subventions de base (ou de fonctionnement) d’être plus responsables et de prendre des mesures audacieuses pour promouvoir l’équité et refléter la diversité de leur communauté. Il ne s’agit pas seulement de cocher une case dans un formulaire de demande. Les critères d’octroi les inviteront à s’assurer que leur direction, leur personnel, leurs programmes et leur rayonnement reflètent la diversité de leur collectivité.

Ce changement me réjouit vraiment. À ma connaissance, nous sommes le seul conseil des arts qui prend cette direction tout en offrant l’occasion d’obtenir des subventions accrues.

Nous savons aussi que certains des groupes qui accomplissent le travail le plus stimulant dans les milieux de la diversité et parmi les artistes sourds ou handicapés ne sont pas organisés selon le modèle sans but lucratif que le Conseil a favorisé si longtemps sans le vouloir. C’est pourquoi nous lançons ce que nous appelons des « subventions composites ». Ainsi, ces groupes pourront obtenir en une seule fois des subventions qui leur permettront de réaliser divers projets. En même temps, les différentes structures organisationnelles où les artistes évoluent se trouveront davantage reconnues.

Certains d’entre vous ont déjà obtenu des subventions en tant que « connecteurs culturels ». Vous jouez un rôle clé à titre d’influenceurs dans vos collectivités, et nous continuerons d’offrir de telles subventions pour ce travail important.

Nous instaurons de nouvelles politiques pour notre processus d’évaluation par les pairs. En concentrant le processus sur l’évaluation qualitative des demandes de subvention, nous optimiserons l’expertise qu’apportent les pairs. Il reviendra au Conseil de prendre ses décisions budgétaires en conformité avec l’évaluation et en toute transparence. Certains d’entre vous ont siégé à des comités d’évaluation par les pairs, et j’espère que vous continuerez d’apporter à ce processus crucial votre expertise et votre point de vue sur diverses pratiques artistiques. Nous lancerons un appel pour le recrutement de pairs évaluateurs au mois de décembre. Et je vous encourage à poser votre candidature.

Le nouveau modèle de financement apporte aussi d’autres changements que beaucoup d’entre vous ici trouveront particulièrement intéressants.

Prenez note de cet engagement, car il est extraordinaire : nous allons consacrer 25 % de nos nouveaux fonds à des artistes et organismes qui reçoivent une première subvention du Conseil. Cela ouvrira des portes à bon nombre de jeunes artistes, à des artistes sourds, handicapés ou issus de la diversité, qui n’ont pas encore fait de demande de subvention au Conseil. Cette orientation me réjouit, et je suis impatient de voir tout ce qui découlera de cet investissement majeur dans les artistes émergents.

Les groupes visés par l’équité font partie de ceux qui ont le plus fait preuve d’innovation pour promouvoir et faire avancer les formes artistiques non traditionnelles. Notre nouveau modèle de financement reconnaît plus de domaines de pratique (y compris les arts du cirque, les pratiques des artistes sourds ou handicapés, les arts numériques, la musique et les arts « sonores »). Et sa souplesse rend plus facile le soutien aux domaines de pratique qui émergent.

Bon nombre d’entre vous réalisent des œuvres fascinantes dans le domaine numérique ou recherchent peut-être d’autres moyens de toucher un public plus vaste. Nous mettons actuellement au point une stratégie numérique afin de mieux soutenir l’innovation. Nous publierons les résultats d’un sondage que nous avons mené récemment pour connaître l’avis du milieu des arts. De plus, nous allons tenir un sommet sur le numérique au mois de mars 2017, à Montréal. Je vous invite donc à surveiller l’annonce des détails. Ces initiatives serviront de guide pour un investissement très substantiel que nous ferons dans un fonds pour « les arts à l’ère numérique », créé à des fins stratégiques, en complément et à l’appui de nos six nouveaux programmes de subventions.

Enfin, je veux souligner une autre occasion. Il ne s’agit pas d’un programme dans le cadre du nouveau modèle de financement, mais de la première initiative spéciale que nous avons lancée grâce à notre nouvelle allocation budgétaire. Ce programme ponctuel intitulé « Nouveau chapitre » a été créé pour marquer le 150e anniversaire de la Confédération.

Ainsi, nous sollicitons des projets artistiques qui s’interrogent sur ce que peut être le Canada en 2017 et au-delà et qui proposent des visions de ce que pourrait être l’avenir. Nous voulons des projets puissants, audacieux et exceptionnels. C’est l’occasion pour vous de prendre davantage de risques et de voir grand. La date limite est le 31 octobre. Je vous invite à vous renseigner plus amplement sur Nouveau chapitre en consultant notre site web.

Maintenant, je veux prendre un instant pour jeter un regard au-delà de nos programmes de subventions, parce que l’engagement du Conseil s’étend à toutes nos activités.

Le Bureau de l’équité a fait un travail exceptionnel au fil des ans. Il a permis au Conseil de bien comprendre la diversité des pratiques artistiques et les défis que doivent relever tout particulièrement les artistes des groupes marginalisés. Il a aussi aidé des organismes et des artistes comme vous à renforcer leurs capacités, malgré les limites de ses ressources et de son budget. Maintenant, au lieu de gérer des programmes de subventions modestes, il jouera un rôle plus stratégique au sein du Conseil. Il contribuera à la définition de politiques, et à l’élaboration de mesures et d’approches grâce auxquelles nous pourrons fixer et atteindre des objectifs ambitieux à l’échelle du Conseil et du secteur des arts professionnels, et nous pourrons en rendre compte.

L’équité dans les arts = un meilleur avenir pour nous tous

Partout dans le monde, il est évident que le fossé qui existe entre les cultures au chapitre de la compréhension et de l’empathie ne fait que se creuser. Nous pouvons certainement le constater dans la campagne électorale qui se déroule en ce moment au sud de notre frontière. En Europe, cet été, le discours public était truffé de propos souvent trompeurs, démagogiques et racistes sur le Brexit et le burkini. Mais sous ces débats, profondément enfouis, se cachent des enjeux de droits culturels et de liberté.

Je considère l’équité et la diversité dans les arts comme un moyen de repenser et de refonder l’idée même de citoyenneté ici et à l’étranger. Un milieu des arts résilient et diversifié peut aider à contrer la fragmentation et la marginalisation. Il peut stimuler l’engagement civique au sein des populations et générer un sentiment renouvelé d’appartenance.

Si nous voulons une société créative et altruiste, résiliente et pacifique, harmonieuse et prospère, une société où chaque personne peut s’exprimer pleinement et librement, alors nous devons encourager les citoyens à faire preuve de l’engagement le plus authentique et le plus large qui soit envers les arts, la culture et le patrimoine.

En ce qui me concerne et du point de vue de nous tous au Conseil, si, dans 10 ans, nous constatons que la répartition de nos investissements est demeurée identique à celle de 2015, c’est que nous n’aurons pas su saisir ce moment historique pour apporter un véritable changement dans le secteur des arts et dans la société canadienne.

Récemment, le célèbre philosophe et intellectuel Achille Mbembe donnait une entrevue sur l’état du conflit culturel qui sévit à l’échelle mondiale. Ce qu’il a dit m’a inspiré et me fait penser à Rosemary Brown, que j’ai citée plus tôt.

Achille Mbembe a dit : « Nous devons ouvrir les portes et les fenêtres. Il nous faut un peu d’air dans cette atmosphère étouffante et tendue. Notre époque nous endort tout en nous empêchant de rêver. Nous devons donner une chance aux rêves et à la poésie, trouver de nouveaux moyens de lutter, mais cette fois, à une échelle vraiment mondiale.»

Je veux terminer mon intervention en soulignant le travail essentiel que vous faites tous, souvent malgré d’énormes obstacles.

Au début de mon allocution, j’ai mentionné l’histoire de la colonisation d’Halifax. Au fil du temps, les vagues de colonisation ont mené à la création de la scène artistique renommée et variée dont la ville peut jouir aujourd’hui. C’est grâce à vous et à vos nombreuses pratiques vivantes que cette scène artistique existe. Et vous l’avez créée malgré la ségrégation et la marginalisation, en dépit des difficultés réelles en matière de subvention que la région a connues, et malgré le sentiment d’avoir été exclus du système de financement.

Je vous demande instamment de continuer à ouvrir portes et fenêtres. Le temps de l’ambition est venu. Tout le monde doit se soucier d’équité. La diversité est une condition absolue à la viabilité de notre société. Il est temps de faire preuve d’audace. Et le Conseil des arts du Canada est là pour vous accompagner.

Portrait - Simon Brault 2010
Simon Brault, O.C., O.Q.

Directeur et Chef

Simon Brault est directeur et chef de la direction du Conseil des arts du Canada. Auteur du Facteur C : l’avenir passe par la culture, un essai sur l’avancement des arts et de la culture dans l’arène publique, il a participé activement à d’importantes initiatives, notamment à celle de l’Agenda 21C de la culture au Québec. Instigateur des Journées de la culture, il a aussi été membre fondateur de Culture Montréal et, de 2002 à 2014, président élu de l’organisme. En 2015, l'Ordre des CPA du Québec lui remettait le prestigieux hommage pour avoir réussi « à réunir deux univers que tout opposait auparavant, les arts et le milieu des affaires, une union des plus profitables pour l'ensemble de la société ». Suivez Simon Brault sur Twitter: @simon_brault

Mots-clés Pleins feux Équité Autochtone {Ré}conciliation