CallResponse

#callresponse : la place des femmes autochtones dans la (ré)conciliation

03 février, 2016
Laakkuluk Williamson Bathory et Tanya Tagaq, performance, 2015
Laakkuluk Williamson Bathory et Tanya Tagaq, performance, 2015 Photo: Front of House Photography

Dans ce billet, Tarah Hogue présente une mise à jour sur #callresponse, une œuvre engagée socialement qui réunit cinq projets artistiques ancrés dans des lieux précis dans tout le Canada et qui utilise les médias sociaux ainsi qu’un site web voué au projet afin d’établir un lien entre les sites et générer des discussions. Il s’agit de l’un des six projets financés par l’initiative Réconciliation rendue possible grâce à un partenariat établi entre le Conseil des arts, la Fondation de la famille J.W. McConnell et Le Cercle sur la philanthropie et les peuples autochtones au Canada (Le Cercle).

Taanishi Tarah dishinihkaashoon. Bonjour, je m’appelle Tarah. Je me présente à vous dans la langue michif du peuple métis du Manitoba.

J’apprends la langue michif en ligne auprès de l’Institut Gabriel Dumon des études autochtones et de la recherche appliquée grâce aux prononciations audio du spécialiste de la langue michif Norman Fleury. Il ne s’agit là que d’un exemple de l’outil formidable que représente Internet pour permettre aux peuples autochtones de renouer avec nos cultures, nos histoires et nos langues. Comme l’a dit Jarrett Martineau, producteur à la création de RPM.fm (Revolutions Per Minute), une plateforme mondiale à l’intention des musiciens autochtones : le travail des médias autochtones repose essentiellement sur le renforcement de la collectivité, l’affirmation de nos forces, la prise en charge de notre représentation et de notre propre contrôle.

Christi Belcourt with Isaac Murdoch, work in progress, video still.
Christi Belcourt et Isaac Murdoch, œuvre en cours de création, plan fixe. Photo: Avec la permission de l’artiste.

La « place » des artistes autochtones

J’écris ce billet de blogue dans les territoires ancestraux traditionnels et non cédés Salish de la côte, de ce qui s’appelle maintenant Vancouver, en Colombie-Britannique, où je me trouve actuellement. J’habite ces territoires depuis 2008, mais je suis née à Red Deer, en Alberta, d’une mère hollandaise et d’un père français et métis. C’est quelque chose que j’ai appris en vivant avec les peuples autochtones ici sur la côte ouest, l’importance de préciser d’où l’on vient – de se situer au sein d’une histoire, de sa collectivité, de sa famille et de sa place. Cela a pour effet d’ancrer notre réflexion, de désigner envers qui nous sommes responsable et redevable.

Le projet #callresponse est d’ailleurs étroitement lié à cette idée. Il place les œuvres de femmes et d’artistes des Premières nations et de femmes et d’artistes inuites et métisses dans un lieu central, leur témoignant ainsi du respect et du soutien dont elles méritent pour tous les rôles qu’elles assument : gardiennes du savoir, mères, grand-mères, sœurs, tantes, amies, enseignantes et créatrices. En ce sens, le projet s’élève aussi contre l’histoire de la colonisation, de la dépossession et de la violence qui a été et continue d’être perpétrée envers les corps des femmes autochtones et des personnes transgenres et bispirituelles.

#callresponse place les œuvres de femmes et d’artistes des Premières nations et de femmes et d’artistes inuites et métisses dans un lieu central, leur témoignant ainsi du respect et du soutien dont elles méritent pour tous les rôles qu’elles assument : gardiennes du savoir, mères, grand-mères, sœurs, tantes, amies, enseignantes et créatrices.

Les artistes Christi Belcourt, Maria Hupfield, Ursula Johnson, Tania Willard et Laakkuluk Williamson-Bathory sont toutes profondément engagées dans leurs communautés – et leurs pratiques artistiques sont souvent indissociables de leur engagement. Les commandes d’œuvres propres à des sites créées pour #callresponse découlent de la « place » des artistes et des besoins définis par les communautés dans lesquelles elles évoluent.

Tania Willard, Silence and Tongues, digital still from The Shuswap Indians of British Columbia
Tania Willard, Silence and Tongues, image numérique de The Shuswap Indians of British Columbia  Photo: Par Harlan Smith (1928) et texte (extrait de Memories of the Kamloops Indian Residential School – vécu par Irene Billy, Secwepemculecw, terres Shuswap

Le projet #callresponse reconnaît cet échange – notamment le réseau d’institutions artistiques dans tout le Canada – et le besoin de se rapprocher les uns des autres dans ce vaste pays que nous habitons. Le projet comprendra un site web et des comptes de médias sociaux (voir ci‑dessous) qui documenteront les œuvres propres à des sites et qui serviront de plateformes permettant au public de discuter des questions soulevées par les œuvres. Nous prévoyons que le public ayant vu les œuvres partagera son expérience dans Twitter, Instagram et Facebook, et que ceux qui vivent aux quatre coins de l’île de la Tortue y répondront. Il en résultera un discours collectif sur l’importance de placer les femmes autochtones au cœur de la réconciliation, de la revitalisation, de la résurgence – quel que soit le nom que vous lui donniez. Nous venons tout juste de lancer une page de renvoi pour le site web et nous travaillons à la version intégrale du site qui sera lancé au printemps 2016.

Maria Hupfield, Artist Tour Guide: McCord (2014), performance,  McCord Museum, Montreal.
Maria Hupfield, Artist Tour Guide: McCord (2014), performance, Musée McCord, Montréal. Photo: Aimée Rochard

La première présentation publique du projet aura lieu en février. Ursula Johnson et Maria Hupfield seront à Toronto pour lancer leurs projets #callresponse avec le programme MONOMYTHS dans le cadre du Progress Festival en collaboration avec le FADO Performance Art Centre; les commissaires du projet sont Jess Dobkin et Shannon Cochrane. Ursula Johnson collaborera avec l’artiste et compositrice-interprète métisse et crie Cheryl L’Hirondelle pour Nikamon Ochi Askiy (Ke'tapekiaq Ma'qimikew): The Land Sings, une prestation d’endurance audio créée par Ursula Johnson en guise d’excuse et de reconnaissance envers la terre. Il s’agira de la quatrième mouture de l’œuvre, la première présentation ayant eu lieu dans la patelin de Johnson, dans les territoires micmacs de la Nouvelle-Écosse. La cinquième mouture sera présentée à Vancouver, en C.-B., dans le cadre de l’inauguration de l’exposition #callresponse à la galerie grunt le 28 octobre 2016. Comme une chanson s’étendant d’un océan à l’autre, composée en collaboration avec une nouvelle chanteuse à chaque mouture, il s’ensuit une continuité et une connectivité puissantes grâce à la musique.

Ursula Johnson, Ke'tapekiaq Ma'qimikew: The Land Sings, Cape Breton Visitation 2015.
Ursula Johnson, Ke'tapekiaq Ma'qimikew: The Land Sings, mouture du Cap-Breton, 2015. Photo: Marcia Ostashkewski. Avec la permission de l’artiste.

Suivant cette prestation, Maria Hupfield présentera et animera une discussion avec Ursula Johnson et Cheryl L’Hirondelle sur les façons dont la revitalisation, la collaboration et l’acte de refus sont utilisés dans les œuvres de performance pour nourrir le dialogue actuel sur la (ré)conciliation. La performance et la conversation seront documentées pour le site web #callresponse et lanceront une conversation à Toronto en préparation de la prestation que présentera Maria Hupfield à New York plus tard cette année. Nous sommes très emballés par le partenariat avec FADO et nous avons hâte d’annoncer d’autres commandes d’œuvres dans un avenir rapproché. Visitez notre site web et les médias sociaux pour obtenir les dernières nouvelles à ce sujet.

Reconciliation
Tarah Hogue
Tarah Hogue

Tarah Hogue est écrivaine et commissaire d’ascendance mixte hollandaise, française et métisse née dans les Prairies. Elle s’est invitée dans les territoires Salish de la côte en tant que visiteuse, où elle est demeurée pour travailler à la galerie grunt en tant que commissaire en résidence et d’où elle voyage à Victoria à titre d’Audain Aboriginal Curatorial Fellow avec l’Art Gallery of Greater Victoria. Elle travaille actuellement à des projets avec la galerie grunt, la Morris and Helen Belkin Art Gallery et la SFU Gallery, et a rédigé récemment des textes pour e-fagia, Presentation House Gallery, Artspeak et Decoy Magazine.

Mots-clés Autochtone {Ré}conciliation